Retour

« La science, son gout est amer au début, mais à la fin il est plus doux que le miel »  Sagesse arabe.

A la mort du prophète Mahomet, en 632 de notre ère, l’empire musulman s’organise, poursuit son expansion territoriale et commence à produire une culture. Entre le VIIIème et le IXème siècle, la civilisation islamique a donné naissance à un ensemble de savoirs scientifiques de haut niveau.

L’adoption d’une langue commune, l’arabe, a assuré pendant sept siècles la continuité des recherches, d’un foyer de culture à un autre, au sein d’un vaste espace musulman.

Les traductions en arabes des textes scientifiques Grecs ont été généralisées sous le règne du calife (“successeur”) Abbasside Al Ma’mûn (813-833). Ce dernier fonde à Bagdad “La maison de la sagesse”, une sorte d’académie des sciences où savants, chercheurs, philosophes se réunissaient pour faire évoluer le savoir.

Les arabes ne se sont pas contentés de recopier les penseurs grecs comme Euclide ou Ptolémée, ils ont complété leur travail par des études approfondies et novatrices. La traduction en arabe de toutes ces connaissances va permettre de les démocratiser. Ensuite, le transfert des savoirs arabes vers l’Europe se fait viaTolède dont l’archevêque Raymond de Tolède donne une impulsion.

En astronomie comme en mathématiques, en médecine comme en mécanique, les savants du monde arabo-musulman ont apporté des contributions de premier plan.

Médecine et pharmacopée

Les arabes sont pionniers en médecine et pharmacologie. On leur doit la construction de nombreux hôpitaux. Le premier est érigé à Bagdad au IXème siècle sous la calife Harun al-Rashid. On y pratique l’isolement des malades contagieux, on traite les maladies mentales.

Les premières pharmacies s’ouvrent à Bagdad en 800 puis se multiplient rapidement.

A la fin du IX siècle, vont naître des pouvoirs régionaux autonomes, en Espagne, en Egypte et en Syrie. De nouvelles capitales scientifiques apparurent à Cordoue (Andalousie), Kairouan (Maghreb), Le Caire (Egypte), Damas (Syrie) et Shiraz (Iran).

Parmi ceux qui influencèrent profondément le cours de la médecine arabe médiévale, voici quelques noms à retenir en priorité :

Al Razi (Rhazes) : né en 865, philosophe, mathématicien, astronome, alchimiste, musicien et médecin à l’hôpital de Bagdad. Il rédigea 184 traités dont 61 relevant de la médecine. On lui doit une description détaillée de la variole, de la rougeole.

les sciences

Ibn Sina : l’un des plus célèbres médecins arabes d’origine Persane plus connu en Occident sous le nomd’Avicenne (980- 1037). Dans “Le Canon de la médecine” il répertorie une multitude de remèdes. C’est lui qui découvre le caractère contagieux de la tuberculose et qui met en garde contre la transmission des épidémies. Il est aussi le premier a décrire les symptômes de la méningite et de la pleurésie. La traduction en latin de son “Canon” au XIIe siècle a servi de guide en occident pendant six siècles.

Ibn Al Haytham : appelé également Alhazen, a découvert le fonctionnement de l’œil alors que tout le monde pensait que l’œil envoyait de la lumière quand il était ouvert.

Al Majousi : il a laissé un ouvrage magistral qui porte à son apogée la réflexion sur le savoir médical gréco-arabe : le livre royal (Al Kitabb Al Malaki) qui est un livre de synthèse des connaissances médicales que cultivaient ces deux civilisations.

Ibn Rushd (Averroès) : né à Cordoue en 1126 et mort à Marrakech en 1198. Juriste, philosophe et médecin. Ses commentaires des traités d’Aristote provoquèrent une onde de choc perceptible jusqu’au XVIème siècle. Ses connaissances ne sont pas moindres et s’illustrent dans son traité “Les généralités médicales” (Kitab Al Kulliyat fil Tibb).

D’autres savants non moins célèbres et dont les manuscrits sont précieusement répartis à travers les bibliothèques et les musées du monde entier et pour ne citer que les plus connus :

Hunayn Ibn Ishâq : Chrétien d’origine syriaque, grand traducteur des œuvres de Galien et d’Hippocrate et auteur fécond de nombreux ouvrages originaux dans les domaines de la médecine de l’ophtalmologie et del’odontologie. Son fils Ishaq suivit le même chemin.

Al Zahraoui : célèbre par son traité de chirurgie (Al Makala fil Amal bi I yad) décrivant la cautérisation, l’incision, l’amputation, les fractures, les luxations et l’obstétrique.

Ibn al Nafis qui décrivit le premier la petite circulation pulmonaire dès le XIIème siècle bien avant William Harvey (1578-1657)

Astronomie et mathématiques

Les savants arabes traduisent les textes hérités de la Perse, de l’Inde et de la Grèce. Ils les critiquent et les enrichissent grâce à des observations régulières des planètes et des constellations.

L’astronomie arabe a été élaborée selon deux grandes orientations, l’une s’attachant à résoudre des problèmes pratiques, l’autre s’intéressant aux aspects théoriques et mathématiques.

Dans la première, des instruments de mesure tels que l’astrolabe ou les cadrans solaires ont été améliorés pour permettre de mesurer les positions des objets célestes ou des surfaces agraires.

Dans la pratique religieuse, l’astrolabe a permis de définir l’orientation des mosquées vers La Mecque, de fixer les moments des cinq prières quotidiennes et de voir le croissant lunaire qui annonce le début du mois lunaire.

Dans le domaine théorique, les astronomes arabes vérifient d’abord les paramètres hérités des grecs puis élaborent d’autres modèles planétaires.

Sur la plan mathématique, les savants arabes ont élaboré des centaines de tables astronomiques pour de nombreux usages (calendrier lunaire, tables trigonométriques, éphémérides, tables pour la construction d’astrolabes etc….). Les mathématiques arabes ont commencé à se développer vers le IXème siècle puis de nombreux mathématiciens de haut niveau se sont distingués.

Une partie des ouvrages arabes ont été traduits en latin au XIIème siècle.

Quelques noms célèbres d’astronomes et mathématiciens du monde islamique:

Al Khawarizmi au IXe siècle : père de l’algèbre, il a défini pour la première fois les équations du premier et second degré.

Habash al-Hasib (IXe siècle) innovations en trigonométrie, introduction de la tangente et cotangente.

Al-Biruni au XIe siècle : il affirma avant l’an 1000 que la terre tournait sur elle-même. Il calcula le rayon de la Terre dont le resultat est très proche de la valeur réelle que nous connaissons aujourd’hui.

Ibn Khalaf et al-Zarqali (XIe siècle) pour l’invention et le perfectionnement de l’astrolabe universel (à l’inverse de l’astrolabe planisphérique qui lui nécessitait de connaître la latitude de l’endroit ou l’on se trouvait au moment de la mesure).

Physique et chimie

les sciences physique et chimie

Par l’application des mathématiques et le recours aux expériences, les savants de l’islam visent à mettre la physique au service de l’homme.

Dans le domaine de la physique, les savants font fructifier les techniques ou connaissances déjà inventées dans l’antiquité notamment en matière d’irrigation. En 1206, Al Jazari écrit le plus célèbre des recueils de procédés mécaniques le “Livre des procédés ingénieux” en langue arabe où il décrit la fabrication de toutes sortes d’appareils faisant appel à la mécanique avec schémas à l’appui : horloges à eau (clepsydres), roues hydrauliques, automates, etc.…

D’un point de vue purement linguistique, alchimie et chimie sont des synonymes puisqu’ils dérivent de l’arabe (al kimyâ). Cependant, la première a pour horizon la transmutation des métaux et la seconde ne s’attache qu’aux changements provoqués dans la matière par la main de l’homme et des instruments appropriés. Les chimistes de la période islamique ont apporté énormément de solutions aux arts décoratifs par le développement de techniques pour la céramique, le verre ou les encres.

Les opérations de laboratoire ont été nombreuses et laborieuses comme la distillation, la calcination, la filtration, ou la sublimation (passage de l’état solide à vapeur).

On peut dire que les scientifiques et les penseurs musulmans, grâce à l’héritage Grec, Perse et Indien, ont par leurs efforts et leur originalité, transformé ce savoir bien au-delà des confins d’où ils l’ont reçu. Leur contribution a été vitale au développement du savoir de l’humanité.

Article écrit par Amel Penant 

Retour